Histoire de famille

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La tenue mortuaire de mon arrière-grand-mère, Dolores

Qu’elle ne fut pas la surprise de Dolores le jour où, en toussant, elle cracha un caillot de sang. Cette situation se reproduisant les jours suivants. Accompagnée de son époux, mon arrière-grand-père Francisco, et tous deux forts inquiets, ils prirent le chemin de la ville dans le but de consulter un médecin. Ce dernier, bien que son diagnostic fût déjà établi, observa mon arrière-grand-mère et devant son air malheureux, ausculta quand même sa patiente.

Pendant que Dolores se rhabillait, il attira mon arrière-grand-père à l’écart pour lui signifier : « votre femme est perdue. Rentrez chez vous, qu’elle se repose, si possible qu’elle mange bien et en ce qui concerne le tac-tac, méfiez-vous, elle est dangereusement contagieuse ».

Francisco, alarmé, informa les aînées de leurs enfants. Dolores, devant le changement d’attitude de sa famille, comprit rapidement la vérité sur son état. Sa décision fut vite prise. Elle se rendit en ville, acheta du tissu blanc et noir, et se confectionna une tenue complète afin de se préparer pour le grand voyage, soucieuse de quitter ce bas monde dans des vêtements neufs.

Les jours qui suivirent, Dolores continua de tousser et de cracher du sang. Mais un jour, suite à une quinte de toux plus forte que les précédentes, elle expulsa un énorme caillot qui remplit de stupeur les personnes présentes. Lorsque ces dernières virent l’immonde chose bouger, elles la ramassèrent apeurées.

Elles s’aperçurent alors qu’il s’agissait en fait d’une sangsue. Mon arrière-grand-mère Dolores l’avait avalé en buvant l’eau du puits. Après ce jour tout rentra dans l’ordre.

Et la tenue mortuaire, me demanderez-vous ?

Dolores la rangea soigneusement accompagnée de boules antimites, et pendant plus de quarante ans elle la trimbala avec elle. De temps en temps elle lavait le chemisier blanc et le repassait, brossait la veste et la jupe noire, cirait les chaussures et rangeait le tout, y compris son chapeau neuf. Elle ne porta, cette tenue que le jour de sa mort, survenue en 1940 à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Ses os reposent à jamais dans le cimetière, sur la colline, auprès de mon grand-père.

Paix à son âme…

Janine Benoit

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