Des parasites pour nous soigner ?

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Je suis Marie Charlotte, pharmacienne diplômée, fille de Janine et responsable du laboratoire Janine Benoit. Janine dit souvent une pharmacienne « décontaminée » en parlant de moi car, tout comme elle, je ne suis pas convaincue que les médicaments chimiques puissent régler tous les problèmes de santé.

D’autres voies de traitements sont peu étudiées lors du cursus de pharmacie telles que l’immunologie, la phytothérapie, la pharmacognosie, l’une des branches les plus anciennes de la pharmacologie, qui étudie les principes actifs d’origine végétale et animale. Mes confrères, lors des études, ne croyaient qu’aux médicaments chimiques avec toutes leurs panoplies de contres indications et effets secondaires. J’aimerais partager avec vous un extrait de ma thèse de fin d’année qui est d’actualité car nous sommes de plus en plus envahis par les maladies dégénératives auto-immunes.

Depuis toujours, les parasites ont été associés aux maladies, un mal invisible qu’il faut combattre et éliminer. Cependant, ces dernières années, la recherche pour traiter les maladies inflammatoires et auto-immunes, avec des parasites, a donné des résultats surprenants.

Les progrès dans le contrôle et le traitement des maladies infectieuses et l’amélioration des conditions de vie font que certains pays considèrent comme éradiqués les pathogènes alors que d’autres pays sont beaucoup plus infestés en raison des mauvaises conditions d’hygiène, un manque de médicaments, peu de mesures de prévention des maladies endémiques, l’absence d’alimentation variée et équilibrée.
Par contre, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ainsi que les maladies auto-immunes ne cessent d’augmenter dans les pays développés, sans traitement thérapeutique efficace à ce jour.
De nombreuses études épidémiologiques ont montré une relation inverse entre l’incidence de ces maladies inflammatoires et auto-immunes et les parasites. Suite à ces études, la “théorie de l’hygiène” a été développée et suggère une éventuelle action protectrice des helminthes contre certaines maladies auto-immunes (source 1 et 2).

Théorie de l’hygiène

Les maladies inflammatoires dues ou non à un dysfonctionnement du système immunitaire sont de plus en plus courantes dans les pays développés et leur croissante incidence reste inexpliquée.
En 1966, des chercheurs israéliens ont découvert que le risque de sclérose en plaques était plus faible chez les personnes ayant passé leur enfance dans de mauvaises conditions d’hygiène, telles que la consommation d’eau provenant de puits contaminés (source 1).

Environ 20 ans plus tard, en 1989, un épidémiologiste britannique, David Strachan, a signalé que le risque de rhinite allergique était plus faible chez les enfants nés dans une famille nombreuse. Il a observé que les petits frères étaient plus protégés que leurs frères aînés.
Strachan a basé ses conclusions sur un suivi de 17 414 enfants durant plus de 23 ans (source²).

Voici comment naquit l’hypothèse de l’hygiène. Cette théorie hygiéniste suggère qu’une faible exposition aux infections, aux microbes et aux virus pendant l’enfance peut expliquer l’augmentation du nombre de maladies telles que le diabète de type I, la sclérose en plaques, la colite ulcéreuse ou la maladie de Crohn dans les pays développés.
Les données épidémiologiques de l’OMS confortent largement cette hypothèse, montrant que ces maladies sont très rares dans les populations d’Asie et d’Afrique et que leur incidence augmente dans les pays développés.

Les maladies auto-immunes (Crohn, syndrome de l’intestin irritable…)

Habituellement, le système immunitaire défend l’organisme contre les agents pathogènes envahissants et tolère ses propres cellules. Les maladies auto-immunes se produisent lorsque cette tolérance disparaît. Il devient alors pathogène, provoquant une inflammation et des dommages dans les tissus et / ou les cellules (source3).
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, en particulier la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse, sont des maladies complexes dont l’étiologie multifactorielle reste floue. Actuellement, on suppose que le développement de ces maladies provient d’une inadéquation de la réponse immunitaire (source4).

Il n’existe pas de médicaments allopathiques qui permettent de guérir et l’utilisation prolongée de corticoïdes ne font qu’empirer la maladie en créant une résistance, mais en médecine alternative des solutions efficaces existent.
Le système immunitaire est chargé de protéger le corps contre les agressions de toutes sortes.
Deux types de réponses ont été identifiées :
– l’immunité cellulaire qui agit via les lymphocytes Th1 ;
– l’immunité humorale qui utilise les lymphocytes Th2 pour éradiquer les parasites.

La maladie de Crohn est associée à une réponse immunitaire excessive de Th1 produisant une inflammation importante ; tandis que les parasites induisent une réponse immunitaire de Th2 à caractère anti-inflammatoire. Les lymphocytes th1 et th2 s’inactivent mutuellement, de sorte que les Th1 inhibent sélectivement l’activité des Th2 et vice versa. De cette manière, les parasites empêchent l’inflammation.
Il a été démontré que certains parasites diminuent l’intensité de la réponse immunitaire chez l’homme. Plusieurs essais cliniques sont actuellement publiés, par exemple un traitement aux helminthes de l’espèce Trichuris suis pour l’induction de la rémission dans les maladies inflammatoires de l’intestin.
Un autre parasite, Necator americanus, pourrait être utilisé pour traiter la maladie de Crohn, selon une étude pilote.

L’inoculation est sans danger, même chez les patients immunodéprimés.
L’industrie pharmaceutique ne s’intéresse pas à ce type de traitement, d’une part en raison de la difficulté de conditionner les parasites et d’autre part parce qu’il est peu probable qu’elle puisse breveter un médicament non synthétique…

De plus, bien que les traitements helminthiques soient plus efficaces que les médicaments déjà sur le marché, de nombreux patients hésiteraient à ingérer des parasites. Mais pour bien d’autres c’est une possible solution aux souffrances causées par ces maladies.

CONCLUSION

Voici donc un petit résumé de mon travail de recherches sur la santé et les parasites. Depuis des millénaires, ces micro-organismes ont cohabité avec nous et nous sont indispensables. Je parle évidemment de micro-organismes utiles et non pathogènes. Finalement, en voulant être trop protégé, nous empêchons notre système immunitaire de fonctionner normalement.

Ma thèse a été sélectionnée comme étant la meilleure de l’université de pharmacie Cardenal Herrera en 2016 et j’ai aussi remporté le 3ème prix en l’exposant au concours d’étudiant de la même année…

Sources :
1. Leibowitz U et al. Epidemiological study of multiple sclerosis in Israel. II. Multiple sclerosis and level of sanitation. NeurolNeurosurg Psychiatry.1966;29:60-8.
2. Strachan DP. Hay fever, hygiene, and household size. BMJ. 1989; 299:1259-60.
3. Okada H, Kuhn C, Feillet H, Bach JF. The ‘hygiene hypothesis’ for autoimmune and allergic diseases: an update. ClinExpImmunol. 2010; 160(1): 1–9.
4. Mishina D., Katsel P., Brown S.T., Gilberts E.C., Greenstein R.J. On the etiology of Crohn disease. ProcNatlAcadSci U S A. 1996 Sep3; 93(18): 9816–9820.

Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont soutenue et encouragée dans cette aventure…
Ma Maman (Janine) avec bien sûr tous ses bons conseils mais surtout mon cher mari Vicente et mes deux enfants, Isabela et Joan, je n’aurais jamais réussi sans eux.
J’espère que cet article vous a intéressé…

Marie Charlotte

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